• Chapitre 13: Mise à plat sur thé de Sherlock

    J'annonçais au début du mois qu'Une histoire encore plus sombre sans lapins était en pause. Ce qui est toujours le cas, côté écriture. Mais puisque j'ai déjà plusieurs chapitres de prêts et que, si je ne me remotive pas d'ici quelques temps, je supprimerais tout simplement cette histoire, autant mettre la suite ici.

     

    The killers "A white demon love song"

     

     

     

    Le voyage dans l’avion s’était fait dans le silence. Mais le genre de silence bien pesant que personne n’aimait. Je me trimbalais des valises sous les yeux et un mal de crâne pas possible que j’avais tant bien que mal calmé avec des cachets. Bref, pas moyen d’avoir une conversation avec qui que ce soit.

    J’avais essayé de dormir pendant le trajet, mais la vérité c’était que j’étais trop effrayée par la perspective d’avoir encore un psychopathe aux fesses. J’avais passé la nuit à serrer le flingue que Daniel m’avait donné, à l’affut du moindre bruit, et j’ai faillis ne pas le lui rendre quand il me l’a réclamé, histoire qu’on passe la douane sans histoires.

     

    Mais je devais pas céder à la panique. Déjà, pour éviter d’entendre Lucy chanter en boucle dans ma tête, ensuite, parce que je savais parfaitement qu’on faisait plus de conneries quand on paniquait.

     

    Daniel n’avait pas arrêté de me jeter des coups d’œil dans l’avion. Si bien que j’avais fini par râler en lui faisant remarquer. Il n’avait pas réagi et j’avais surtout attiré toute l’attention des autres passagers sur moi. La honte.

     

    J’avais plus osé bouger de tout le voyage.

     

    Une fois arrivés, la mante religieuse fan de Sherlock nous avait proposé de se réunir dans son cabinet.

    Je savais même pas qu’il avait un cabinet, mais, en y réfléchissant bien, il fallait bien qu’il reçoive ses clients quelque part !

     

    En fait, c’était un très vieil appartement sur deux étages. En bas, il avait installé son bureau. Un truc très sobre, tout dans l’ambiance vieux et poussiéreux, avec plein d’objets qui font intelligent (crâne, microscope, livres en cuir, etc…) un peu partout. Ça faisait un peu comme dans les vieux films policiers que je regardais avec Etan, avant qu’Eden nous trouve. J’aimais bien ce genre de décor. C’était classe.

     

    A l’étage, c’était aussi vieux, mais c’était dans un tout autre type.

    Ça ressemblait presque à un musée, ou à un temple dédié à Sherlock Holmes. Les étagères étaient remplies de bouquins de Conan Doyle, souvent les mêmes, mais avec des couvertures différentes, des DVDs aussi.  Je pensais pas qu’il y avait autant de films et de séries sur Sherlock.

    Les étagères étaient remplies de chapeaux de détective, de pipes, de loupes, de bocaux bizarres, d’accessoires de déguisements, de portraits de vieilles personnes (what the fuck ?!), d’outils de chirurgien, de lamelles de microscopes, de vieux revolvers et j’en passe.

    Les murs aussi, étaient carrément surchargés. Je ne vais pas parler de la tapisserie moche, mais plutôt des posters, des photos agrafées, des plans de je-sais-pas-quelle-ville et, le plus bizarre, c’était ce « VR », écrit grâce à des impacts de balles.

    La grosse mante religieuse était tarée.

    - Tu fais quand même pas monter tes clients ici, j’espère ? Commentai-je.

     

    L’autre haussa les épaules en se dirigeant vers la cuisine.

    - Je ne vois point ce qu’un client ferait en ce lieu.

     

    Ce qu’il ferait ? Il aurait peur, tout simplement.

     

    Je cherchai un endroit où m’asseoir et hésitai entre un fauteuil tout décrépi et troué qui semblait avoir une bonne centaine d’année, ou déplacer une montagne de linge et de livres sur la chaise d’à côté. Je fis un pas en direction du fauteuil et mon pied buta dans une tasse par terre qui se renversa.

    Bon, maintenant le tapis avait une tâche. Enfin. Une AUTRE tâche.

     

    Moi qui me croyais bordélique de haut niveau, j’avais trouvé mon maître chez Sherlinsecte. Le pire, c’était l’odeur.

     

    On pourrait facilement s’imaginer qu’un appartement comme ça devait puer l’animal mort, mais là, non. On pouvait même dire que ça sentait bon la cannelle et la menthe. Je savais pas ce qu’il utilisait pour ça, mais il pourrait facilement devenir riche s’il commercialisait son secret !

     

    Elie avait déniché on ne sait où un petit fauteuil en osier et s’y était installée, quant à Daniel, je crois qu’il était aussi déconcerté que moi, mais ne laissait rien paraitre. Je l’avais donc déduit du fait qu’il était resté, lui aussi, debout, planté au milieu du salon. Digne.

    Le voir comme ça, dans ce décor chaotique donnait l’impression de voir la femme du président pataugeant dans une benne à ordures avec son tailleur de grand couturier et ses talons qui coûtent un bras. C’était comique.

     

    Finalement, la mante religieuse revint avec quatre tasses et une théière sur un plateau Sherlock Holmes. Il le posa en équilibre sur deux piles de bouquins et poussa quelques affaires qui cachaient… Oh miracle ! Un canapé !

    La place libérée étant néanmoins étroite, je me serrai à contrecœur contre Daniel pour éviter de toucher les objets d’à côté.

     

    Personne ne parlait. Elie semblait toujours abattue. J’osais pas croiser son regard. Trop peur qu’elle y découvre un truc qui n’allait pas lui plaire.

    C’était le moment de vérité.

     

    Un rapide coup d’œil vers la fenêtre me fit comprendre que je n’avais plus aucune échappatoire. C’était bien trop haut pour que j’essaye de m’enfuir en sautant de là et la porte était fermée à clef pour qu’on ne nous dérange pas.

     

    J’observai l’insecte géant verser du thé dans chacune des tasses, me demandai vaguement comment on pouvait manipuler des objets avec de si longs doigts et faillis refuser celle qu’il me tendit.

    Lorsqu’il eut terminé, il s’assit dans le fauteuil centenaire et bu une gorgée.

    - Je propose de mettre à plat le résultat de notre filature avant de passer aux évènements de cette nuit. Commença Daniel. Ce sera moins long à expliquer.

     

    Je me crispai quand personne ne répondit, mais la mante religieuse prit la parole finalement :

    - Nous avons pu établir un lien entre Kyle Wolffe, actuellement décédé, et Ludwigh Ramsus, PDG de l’entreprise pharmaceutique Rainette. Il est fort probable qu’Emily ait été en contact avec Wolffe dans le cadre de la plainte qu’elle voulait déposer contre Rainette.

    - Mais… Tentais-je d’une petite voix.

     

    J’osais pas continuer. J’avais l’air tellement con, et j’étais surtout tellement au courant du sort qu’avait dû subir la copine d’Elie !

     

    Mais finalement, sous le regard interrogateur des autres, je terminai ma phrase.

    - Mais si vous saviez qu’elle voulait porter plainte, pourquoi vous avez pas commencé par enquêter sur Rainette ?

    - Elle avait commencé à parler de porter plainte la veille de sa disparition seulement. Répondit Elie.

    - Elle n’avait en aucun cas pu en parler à qui que ce soit d’autre.

    - Ben visiblement si.

     

    Regard assassin de Daniel. J’avalai une gorgée de thé et la recrachai le plus discrètement possible dans la tasse. C’était. Immonde.

    - Comment en êtes-vous venus à enquêter sur l’explosion de l’usine de Wolffe ?

    - Ses vêtements.

     

    Quoi ? Ils s’étaient basés sur la marque de ses fringues ?!

     

    - Ses affaires avaient disparu, mais il restait encore ses vêtements de la veille, entreposés dans le bac à linge sale d’Elie. Je les ai analysés et j’y ai trouvé du carbone, de la poussière de béton, de la terre très riche en minéraux et de l’alcool. Ces éléments sont tous présents en un seul endroit : l’ancienne usine de Wolffe Industrie. A partir de là, J’ai analysé toutes les pistes possibles et je vous ai rencontrés.

     

    Je baissai la tête.

    Il avait été à deux doigts de trouver le trafic de Wolffe. La merde !

     

    - Emily aurait pu attirer l’attention sur elle en fouillant du côté de Rainette. Ramsus aurait pu alors demander à Wolffe de la réduire au silence avant qu’elle n’ébruite trop l’affaire. Conclut Elie.

     

    Sa voix s’était cassée sur la fin et la mante religieuse tenta de la rassurer. A sa manière.

    - Emily est sûrement morte à l’heure qu’il est, mais je te donne ma parole que nous saurons exactement ce qu’il lui est arrivé.

     

    Elle blêmit et s’empressa de cacher son air horrifié en avalant d’une traite sa tasse de thé.

     

    La mante se tourna vers Daniel et moi. C’était à notre tour de nous expliquer.

    - Qui êtes-vous exactement ? Demanda-t-il.

     

    Je jetai un regard désespéré au blond qui secoua très légèrement la tête. C’était moi qui nous avais foutus là-dedans, je devais assumer maintenant.

     

    C’était culoté de sa part quand on savait ce qu’il avait fait plusieurs mois auparavant !

     

    J’inspirai un grand coup, ouvris la bouche, inspirai de nouveau, et commençai.

    - Je m’appelle Kaelle Nightkey, je… J’étais mercenaire jusqu’à il y a six mois. Maintenant je suis au chômage et j’enquête sur mon ancienne patronne. Enfin. Sur son employeur.

     

    Grand silence. Visiblement, ils attendaient la suite.

     

    Sauf que je ne voyais pas quoi dire de plus ! Ils voulaient quoi ? Que je leur raconte comment j’avais flingué Eden parce qu’un gros malade avait réussi à monter tout le monde contre elle ? Que j’étais traumatisée des lapins depuis qu’une psychopathe obsédée par ces bestioles avait essayé de me bouffer ? Que j’avais un putain de casier qu’Eden avait effacé presque d’un claquement de doigts ?

    Je jugeais en avoir déjà assez dit comme ça !

     

    Finalement, Daniel vint à mon secours.

    - Eden, notre ancien employeur, travaillait pour quelqu’un de très puissant. D’assez puissant pour effacer n’importe quel casier judiciaire et annuler toutes les enquêtes au sujet de ses protégés.

    - Dans quel but recherchez-vous cet individu ? Demanda la mante religieuse.

     

    C’était une bonne question. Moi-même je savais pas trop pourquoi.

     

    Mais là encore, c’était à moi de répondre.

    - Par curiosité… Lâchais-je. On a été embarqués dans un truc de malade à cause de ça. Je veux juste savoir le fin mot de cette histoire.

    - Daniel, c’est ton vrai nom ? Demanda timidement Elie en fixant mon ex-collègue.

     

    Celui-ci hocha la tête.

    - Je m’appelle réellement Daniel Land.

    - Et donc, toi aussi tu étais…

     

    Elle semblait ne pas y croire. Attendait presque qu’on lui hurle « c’était une blaaague !! »

     

    Mais Daniel confirma aussi.

    - Oui. J’étais aussi mercenaire. Et avant que vous ne demandiez : nous ne savons absolument rien sur la mort de Kyle Wolffe.

     

     

    Sherlinsecte posa sa tasse sur le plateau et s’adressa aussi à Daniel.

    - Et pourquoi vous enquêtiez sur cette usine ?

    - Nous suivions un vieux contrat de notre employeur. Nous espérions trouver une piste.

     

    L’autre réfléchit quelques instants et, lorsqu’il leva les yeux, son regard me transperça.

    Oulà… Ça sentait pas bon ça !

    - Et quel est le rapport avec ce dossier sur la disparition d’Eva Garner ?

     

    Putain comment il savait ça ?

     

    J’écarquillai les yeux, manquai de lâcher ma tasse et sentis Daniel se tourner vers moi.

    - Quel dossier ? Demanda-t-il.

     

    Oui, quel dossier ? Avais-je envie de répondre en prenant l’air le plus innocent au monde. Et comment est-ce qu’il savait ?

     

    Ah… Hier soir…. Quand il a récupéré mes affaires…

     

    J’avalai une gorgée de thé pour me donner le temps de réfléchir un peu. Il était encore plus dégueulasse et froid. En plus je venais de me rappeler que j’avais tout recraché dedans la première fois. J’étais tentée de faire la même chose mais tout le monde me fixait.

     

    J’étais obligée d’avaler. Beurk !

     

    - En fait… Je sais pas d’où il sort.

     

    C’était super pas crédible mais c’était la vérité. De toutes façons, je pouvais pas trop mentir.

    - Je l’ai trouvé sur mon lit, le jour de la filature. Et j’ai aucune idée de qui a pu le mettre là ou encore quel est le rapport avec notre affaire.

    - Pourquoi ne pas nous en avoir fait part ?

     

    Daniel répondit plus vite que moi.

    - Kaelle n’est pas du genre à demander de l’aide. C’est un défaut qui lui pose quelques problèmes.

    - Ah ben merci ! Protestai-je.

     

    Je remarquai que ma réaction avait fait sourire Elie. D’un coup, j’étais moins vexée par ce que Daniel avait dit.

     

    Ce dernier réfléchissait. Il avait peut-être une hypothèse.

    - Est-ce que Vendini savait que tu étais à Londres ?

     

    La mante religieuse écarquilla les yeux.

    - Vendini ? Antonio Vendini ?

    - Ben ouais.

     

    Ce mec m’énervait. C’était plus fort que moi.

     

    Je continuais.

    - Il était au courant, ouais. Mais je sais pas comment.

    - C’est peut être lui…

    - Genre j’y avais pas déjà pensé ! Nan, s’il savait un truc il me l’aurait dit quand on s’est vus, ou alors il aurait précisé dans le dossier. Enfin. Je sais pas en fait.

     

    Sherlinsecte se gratta la tête, pensif.

    - J’ai fait quelques recherches…

     

    Quoi ?! Déjà ?

    Quand est-ce qu’il avait fait ça ?

    Ce mec n’était pas humain.

     

    Evidemment. C’était une mante religieuse géante fan de Sherlock Holmes.

     

    - Et j’ai réussi à me procurer l’adresse actuelle des parents d’Eva Garner.

     

    Il fouilla dans son pantalon et nous tendit un bout de papier tout plié. Daniel le prit et je lus par-dessus son épaule.

     

    Le détective continua :

    - Je suis dans l’impossibilité de vous accompagner. Je tiens réellement à clore le dossier d’Emily. Mais par la suite, je pourrai vous prêter main forte. Elie vous transmettra mes tarifs.

     

    Je haussai un sourcil.

    - Tes tarifs ?

    - Exactement. J’exerce mon métier par passion, mais je dois tout de même me sustenter régulièrement et payer mon loyer.

    - Ah parce que tu payes un loyer ? Ton proprio doit être heureux de voir que tu tires sur son mur !

     

    Ouais, je faisais ma rabat joie. Moi non plus j’étais pas soigneuse, mais là j’avais juste envie de la pourrir. Juste comme ça.

     

    Il haussa les épaules.

    - Mon propriétaire ne s’en offusque pas. Je l’ai aidé à retrouver son ex-femme et à la mettre sous les barreaux.

     

     

    Daniel se leva. Il avait l’air soucieux.

    - Merci pour cette proposition. Nous te recontacterons très certainement.

     

    J’étais toujours assise. Du coin de l’œil, je guettais Elie. Elle semblait réfléchir à quelque chose. Elle se leva à son tour et me regarda droit dans les yeux.

    - Je peux venir avec vous ? Je ne suis pas spécialement douée, mais j’ai pu observer Guillaume. Et puis… Je n’ai pas envie de penser à tout ce qui aurait pu arriver à Emily. J’ai besoin de m’occuper l’esprit avec autre chose.

     

    Je sais pas pourquoi, ça me faisait plaisir.

     

    Elle n’avait pas mal pris les révélations sur mon identité et voulait même m’aider. C’était vraiment… Génial.

     

    Sans même demander la permission à Daniel, j’acceptai. C’était moi qui avais décidé de mener cette enquête après tout. C’était donc à moi de décréter qui venait avec nous ou non.

     

    Et puis Elie m’aidait aussi à me changer les idées.

     

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